2ème Instruction de la Très-Sainte Vierge à Marie d'Agréda

Publié le par lepontdusalut

La Cité Mystique de Dieu

 

CHAPITRE XX et deuxième instruction de la Vierge Marie.

 

Instruction que la bienheureuse Vierge Marie m'a donnée.

 

« Ma fille, écoutez la réponse à votre doute. Quand j’aurais connu mon innocence et ma Conception Immaculée dans la vision que j’eus de la Divinité au premier instant de mon être, les faveurs et les Dons de la Main du Seigneur sont tels, que plus on les connait et on les apprécie, plus on sent l’importance de les conserver, et de veiller à ne pas offenser leur Auteur, qui les communique à la créature par sa seule Bonté. Ils sont d’ailleurs accompagnés de tant de lumières, qu’il devient impossible de douter qu’ils ne proviennent de la seule Vertu du Très-Haut, et par les mérites de mon Très-Saint Fils. La créature y découvre si clairement son insuffisance et sa bassesse, qu’elle reste profondément convaincue qu’elle ne mérite point ce qu’elle reçoit, et qu’elle ne peut ni ne doit s’approprier ce qui ne lui appartient en aucune manière. Elle comprend d’ailleurs qu’il y a un Dieu, Cause suprême, Qui le lui accorde par pure libéralité, et que s’Il le lui donne, Il le lui peut ôter et le destiner à qui bon Lui semblera. Tout cela suffit pour qu’on travaille constamment à ne pas perdre ce qu’on a reçu par Grâce, et pour qu’on s’efforce de conserver et même de faire fructifier le talent du Seigneur ; car on sait que c’est pour la créature le seul moyen de ne point perdre ce qu’elle a reçu en dépôt, et qui ne lui a été donné qu’afin qu’elle le fasse valoir et servir à la Gloire de son Créateur.

 

En outre, on connait dans cet état la fragilité de la nature humaine, et son libre arbitre pour le bien et pour le mal. Le Très-Haut ne m’a point privée de cette connaissance, et ne l’ôte même à personne dans cette vie passagère. Il la laisse, au contraire, à tous les hommes, autant qu’il le faut pour que la sainte crainte de tomber dans le moindre petit péché s’enracine davantage en eux. Cette Lumière, encore plus grande en moi, me fit comprendre qu’une petite faute dispose à une plus grande, et que la seconde est un châtiment de la première. Il est vrai qu’avec les faveurs et les Grâces dont le Seigneur avait comblé mon âme, il n’était pas possible que je tombasse en aucun péché. Mais sa Providence m’accorda de telle sorte ce bienfait, qu’Il me cacha l’assurance absolue de ne point pécher, me laissant connaitre que par moi-même que j’aurai pu tomber, et qu’il dépendait uniquement de la Divine Volonté de me préserver de toute chute. Ainsi Il se réserva la connaissance de ma parfaite sécurité, pour me tenir dans une heureuse méfiance et dans la sainte crainte de pécher comme voyageuse. Je conservai cette crainte depuis ma conception jusqu’à la mort ; et plus j’avançais dans la vie, plus elle augmentait.

 

Le Très-Haut me donna aussi la discrétion et l’humilité, pour m’empêcher d’approfondir ce mystère par une recherche trop curieuse ; ma seule application était de me confier à sa Bonté et à son Amour, dont j’attendais tout mon secours pour ne point L’offenser. De là résultaient deux effets nécessaires à la vie chrétienne, l’un qui procurait la tranquillité à mon âme, et l’autre qui me maintenait dans la crainte de perdre mon Trésor, et dans la vigilance nécessaire pour le conserver. Et comme c’était une crainte filiale, elle ne diminuait en rien l’amour ; au contraire, elle ne faisait que l’enflammer et l’augmenter de plus en plus. Ces deux effets d’amour et de crainte opéraient en mon âme un accord divin, qui réglait toutes mes actions pour m’éloigner du mal et m’unir au Souverain Bien.

 

Ma chère fille, ce qui prouve surtout, dans les matières spirituelles, qu’elles sont conformes à la sainte Doctrine et apportent la véritable Lumière, c’est qu’elles enseignent la plus haute perfection des Vertus, et meuvent avec une sainte violence la volonté à y tendre. Les bienfaits qui descendent du Père des Lumières ont cette propriété de rassurer en humiliant, et d’humilier sans faire perdre l’espérance ; de mêler la confiance avec les incertitudes et les embarras, et ceux-ci avec la tranquillité et la paix, de telle sorte qu’au milieu de ces vicissitudes, aucun obstacle ne vienne s’opposer à l’accomplissement de la Divine Volonté. Quant à vous, âme favorisée, offrez au Seigneur de ferventes et humbles actions de grâces, pour avoir été si libéral à votre égard malgré votre indignité, pour vous avoir illuminée de ses Divines Splendeurs, introduite dans le Sanctuaire de ses Secrets, et pénétrée de la sainte crainte de sa disgrâce. Usez-en pourtant avec modération, et livrez-vous surtout à l’amour, vous élevant avec ces deux ailes au-dessus de tout ce qui est terrestre et au-dessus de vous-même. Tâchez de vous dépouiller enfin de toutes les affections désordonnées qu’une crainte excessive pourrait faire naitre en vous ; abandonnez votre cause au Seigneur, et prenez la Sienne pour la vôtre. Craignez jusqu’à ce que vous soyez purifiée et dégagée de vos vices et de vos erreurs ; aimez le Seigneur jusqu’à ce que vous soyez toute transformée en Lui ; constituez-Le Maitre et Arbitre unique de toutes vos actions, sans que vous le soyez de personne. Défiez-vous de votre propre sentiment, et ne faites point la sage avec vous-même. Car les passions aveuglent maintes fois le jugement, l’entrainent après elles, et avec lui la volonté. Il arrive alors qu’on craint ce qu’on ne devrait pas craindre, et qu’on a de vaines complaisances pour ce qui est préjudiciable. Affermissez-vous de telle sorte que vous ne vous complaisiez point en vous-même par de légères et vaines satisfactions. Doutez et craignez jusqu’à ce que par une recherche tranquille mais attentive vous ayez trouvé le juste équilibre de toutes choses ; et vous le trouverez toujours si vous savez obéir à vos supérieurs et vous soumettre à ce que le Très-Haut vous enseignera et accomplira en vous. Lors même qu’on attend de bons résultats de ce qu’on désire, il faut les examiner d’avance et les régler tous par l’obéissance et de sages conseils. Car sans cette direction, ils deviennent stériles et inutiles. Appliquez-vous donc, ma fille, en toutes choses, à ce qui est le plus saint et le plus parfait. »

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